Tour du monde des correspondants
Ce dimanche, à l'initiative du président Macron, se tient en France la première journée de commémoration consacrée à Alfred Dreyfus. Ce capitaine de l'armée française a été condamné à tort pour trahison à des années de bagne, condamné surtout, parce que juif. 120 ans après sa réhabilitation, l'État français cherche encore à réparer cette injustice qu'il a lui-même commise. Ce type de réparation existe différemment selon les pays. Annuler une condamnation, réhabiliter une victime, indemniser les familles ou inscrire cette faute dans la mémoire nationale : les réponses varient, et elles arrivent souvent plusieurs générations plus tard. Sur le billet de 10 dollars canadien, un visage : celui de Viola Desmond. Il y a 80 ans, cette femme noire était condamnée pour avoir défié une ségrégation qui ne disait pas toujours son nom. Neuf ans avant Rosa Parks, ce n'est pas dans un autobus de l'Alabama, mais dans un cinéma de l'est du Canada [https://www.rfi.fr/fr/tag/canada/], que Viola Desmond refuse de quitter un siège réservé aux Blancs. Elle se fait arrêter, emprisonner, condamner. Son affaire devient l’un des premiers combats judiciaires d’une femme noire contre le racisme institutionnel au Canada. L'histoire, pourtant, l'oublie. Il faudra des décennies, et le combat de sa sœur Wanda, pour qu'elle soit enfin réhabilitée en 2010. Huit ans plus tard, le Canada en fait un symbole national : Viola Desmond devient la première femme noire à figurer sur un billet de banque nord-américain. Une réparation tardive, mais bien visible, qui fait de ce visage longtemps ignoré, celui des droits civiques au Canada. EN ESPAGNE, L'ÉTAT A EFFACÉ TOUS LES JUGEMENTS DE LA DICTATURE FRANQUISTE Avec la loi de mémoire démocratique de 2022, l'État espagnol a déclaré illégales et illégitimes toutes les condamnations politiques et religieuses des tribunaux de la répression du régime franquiste qui dura de 1939 à 1975. Très concrètement, la loi établit la nullité de toutes les condamnations dictées pour des motifs politiques ou idéologiques, pendant les quatre décennies de dictature. Cela concerne tous les tribunaux d’exception. Toutefois, le régime franquiste n’est pas déclaré illégal en soi, mais illégitime du fait qu’il s’est imposé par la force et le coup d’État de juillet 1936. Cette nuance est fondamentale car elle officialise une condamnation symbolique. Désormais une famille de victimes peut demander des réparations, mais celles-ci n’auront pas d’effet pratique, d’autant que la plupart des protagonistes sont décédés. En réalité, la fameuse loi d’amnistie de 1977 reste en vigueur. D’où la frustration des collectifs de victimes qui rappellent que pas un seul délit, crime, voire crime contre l’humanité du régime n’a été jugé, ni ne pourra l’être. À lire aussiMémoire historique: pour Emilio Silva, le gouvernement espagnol pratique un double discours [https://www.rfi.fr/fr/europe/20251119-mémoire-historique-pour-emilio-silva-le-gouvernement-espagnol-pratique-un-double-discours] LA RECONNAISSANCE DE LA RÉPRESSION SANGLANTE DU SOULÈVEMENT DE JEJU EN CORÉE DU SUD Peu après avoir obtenu l’indépendance à l’égard du Japon [https://www.rfi.fr/fr/tag/japon/], le pays a connu, à la fin des années 1940, un épisode particulièrement sombre de son histoire : la répression sanglante, par l’armée, du soulèvement de Jeju, du nom de cette île du sud du pays. Sans chiffres officiels précis, on estime que près de 10 % des habitants de la préfecture furent décimés, des centaines emprisonnés. Mais ces dernières années, l’État a commencé doucement à reconnaitre sa responsabilité, et il a fini par prendre la situation au sérieux. En 2019, une cour de Jeju abandonne les poursuites contre 18 personnes accusées d’être des rebelles communistes par l’armée dans les années 50. C'est l’une des premières fois que des manquements commis dans les procédures de l'époque sont reconnus et c'est ainsi que des décisions judiciaires vieilles de plus de 70 ans sont finalement jugées illégales. Le jugement de 2019 vient donc, à titre posthume pour certains, blanchir l'honneur de ces condamnés. À l'origine de ce revirement, une loi spéciale promulguée en 2000, qui permet des procès en révision. En 2021, elle a été renforcée : correction des registres familiaux, enquêtes spéciales, et compensations pour les incapacités de travail, et la détresse émotionnelle provoquée par le massacre. Un Centre national existe aussi depuis 2020. Il accueille les survivants et leurs familles, met en place des programmes de soin comme des thérapies de groupe et des projets artistiques, qui ouvrent, pour certains, une voie vers la guérison. À lire aussiMassacre de Jeju: le président Moon présente les excuses de la Corée du Sud [https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20180403-coree-sud-massacre-jeju-1948-moon-jae-in-excuses]
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