Tour du monde des correspondants

Les contre-fêtes nationales en Turquie, Australie, Mexique et Suède

5 min · 10 de may de 2026
Portada del episodio Les contre-fêtes nationales en Turquie, Australie, Mexique et Suède

Descripción

Hier, Vladimir Poutine célébrait à Moscou le 9 mai 1945, jour de la victoire pour les Soviétiques, dans une Russie en guerre et sous très haute sécurité. Ce n’est pas la fête nationale officielle du pays, mais c’est sans doute la date la plus puissante de son calendrier patriotique : celle du sacrifice, de la victoire sur l’Allemagne nazie, et d’un récit national aujourd’hui largement mobilisé par le pouvoir russe. Et la Russie est loin d’être un cas isolé. Dans beaucoup de pays, certaines journées, qui ne sont pas exactement la fête nationale, disent parfois davantage de l’identité collective que la date officielle elle-même. C'est le sujet du Tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine, celui de ces « contre-fêtes nationales » qui racontent en fait ce qu’un pays choisit vraiment de célébrer. Cap sur la Turquie, l'Australie, le Mexique et la Suède.

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À travers le monde, la nudité est culturelle: un corps, mille regards

Des cyclistes tout nus dans les rues de Londres ce dimanche matin pour un défilé écologiste… Ils entendent ainsi dénoncer la place de la voiture dans la ville et la vulnérabilité des deux-roues. Le World Naked Bike Ride se veut écologiste mais revendique également la nudité comme un geste de liberté. La nudité justement n'a pas la même signification selon les cultures. Le corps nu peut donc être – quand il est autorisé ou toléré – un acte militant, mais aussi une pratique de loisirs parfaitement banalisée, ou encore un héritage culturel. C'est le tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine.  Louis de Funès aurait pu tourner une version allemande du Gendarme de Saint-Tropez. Car outre-Rhin les nudistes ne s’ébattent pas seulement dans des lieux discrets mais bronzent en plein centre-ville dans un parc au soleil. Les touristes pudibonds se frottent les yeux et se demandent où est la caméra cachée.  L’explication tient en trois lettres, FKK ou « Freikörperkultur ». Cette culture du corps libre se développe à la fin du XIXᵉ siècle. L’industrialisation va de pair avec le développement d’un habitat urbain où les conditions d’hygiène laissent à désirer. Retrouver le lien avec la nature dans le plus simple appareil doit fortifier les corps, mais c’est au-delà une philosophie de vie. Des associations se créent, des lieux pour les nudistes au bord de la mer notamment se développent. Mais aujourd’hui, les nudistes convaincus ont pris de la bouteille. La tradition de naturisme vieillit. Les plus jeunes boudent les clubs FKK et les sections des plages où les maillots de bain sont proscrits. À lire aussiAllemagne: nudisme et naturisme passent de mode [https://www.rfi.fr/fr/emission/20190814-allemagne-tradition-nudiste-est-plus-mode] « L’ÉLITE JAPONAISE FIT DE CES FÊTES DES CORPS NUS DES RITES HONTEUX » Au Japon, la nudité n'est rien de plus naturel ! Selon les mythes fondateurs du Japon [https://www.rfi.fr/fr/tag/japon/], c’est par une danse érotique que les dieux firent sortir de sa grotte la déesse du soleil qui s’y était retirée, plongeant le monde dans l’obscurité. On dit qu'à l’origine les « onsen », en français « des bains thermaux », furent des lieux sacrés du culte shinto dispensant l’eau chaude des dieux. La pratique de purifier le corps s’y développa. Le Japon est le pays des « fêtes des corps nus », des « onsen » où la nudité est obligatoire ; des lutteurs de sumo dont seules les parties intimes sont dissimulées. La nudité au Japon s’inscrit dans des rites de purification liés au Shinto, la religion première des Japonais qui vénère la nature sous toutes ses formes. Une petite serviette sert à protéger sa pudeur. Les « fêtes des corps nus » rassemblent, en hiver, dans des temples, des centaines d’hommes grelottant, revêtus d’un simple cache-sexe. Les femmes ne sont plus exclues de ces rites parfois millénaires. Pour l’écrivain Yukio Mishima, ces fêtes sacrées de la nudité reflètent la croyance ancienne selon laquelle « l’homme est pur et sacré ». Mishima voyait dans ces fêtes un refus du Japon de capituler devant les conceptions occidentales de la nudité. En s’ouvrant sur l’Occident, « l’élite japonaise fit de ces fêtes des corps nus des rites honteux qu’il fallait cacher aux étrangers comme si le Japon souffrait d’un complexe de non-culpabilité de la nudité », ajoute Mishima. La nudité au Japon se découvre toujours sans les inhibitions chrétiennes sur le corps. EN INDE, LE NUDISME EST UNE TRADITION SPIRITUELLE MILLÉNAIRE L'Inde, un pays où, comme au Japon, la nudité n’est ni une provocation politique, ni une revendication individuelle. Mais une réalité du sacré… Voyageons à Prayagraj. Pour les hindous, cette ville du Nord située au confluent du Gange et de la Yamuna est considérée parmi les lieux les plus sacrés du pays. Pour l'étranger de passage, la nudité des Naga Sadhus est souvent un choc visuel. On associe ces moines à une forme d'excentricité radicale, surtout lors du gigantesque festival du Kumbh Mela. Pourtant, pour les Indiens, cette pratique appelée Digambara (littéralement vêtu de ciel) s'inscrit dans une tradition spirituelle millénaire. Pour ceux qui la suivent, il relève d'un détachement absolu. Le vêtement étant un marqueur social particulièrement fort en Inde [https://www.rfi.fr/fr/tag/inde/], s'en défaire revient à abandonner volontairement son identité civile, son statut et sa place dans la hiérarchie sociale. Le corps des ascètes, recouvert de bhasma, cendres considérées sacrées, symbolise alors le triomphe de l'esprit sur la matière et la mort sociale du sadhu. Croisés jusque dans les villes, ces moines sans le moindre habit peuvent déranger, mais ils demeurent une réalité spirituelle largement acceptée en Inde. À lire aussiLes dessous du naturisme [https://www.rfi.fr/fr/podcasts/si-loin-si-proche/20241222-les-dessous-du-naturisme]

14 de jun de 20264 min
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Les musées qui s'exportent dans le monde

Le Centre Pompidou, célèbre musée parisien, a ouvert une nouvelle antenne à Séoul. Avec de grands projets développés dans le Golfe ou en Chine, c'est devenu une habitude. Les grandes institutions culturelles françaises et internationales multiplient les implantations à l'étranger. Derrière ces ouvertures, des stratégies d'influence, de rayonnement, de transformation urbaine, et parfois de développement commercial. C'est le Tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine. LE GUGGENHEIM À BILBAO EN ESPAGNE Avec son apparence futuriste, ses formes incurvées, ses matériaux comme le titane, la pierre calcaire et le verre qui lui confèrent un aspect fascinant, le musée Guggenheim est une réussite indiscutable. Depuis plus d’un quart de siècle, sa construction a transformé Bilbao, un grand port basque historiquement triste, d’allure maussade, qui était plongé dans un profond marasme économique, en pleine reconversion industrielle. Et voilà que ce musée très original a tout changé : les touristes du monde entier ont accouru et continuent d’accourir, plus d’un million par an, désormais on parle en bien de Bilbao à l’échelle mondiale, et les habitants ressentent une immense fierté pour ce musée qui, avec l’aéroport international et ses ponts modernes, a complètement transformé la ville. À cela il faut ajouter que le musée étonnant fonctionne à 100% avec de l’énergie renouvelable. À lire aussiUn musée Guggenheim pour Helsinki ? [https://www.rfi.fr/fr/europe/20120111-musee-guggenheim-helsinki]   DE L'ERMITAGE AU H'ART MUSEUM À AMSTERDAM Jusqu’en 2023, un ancien hospice du XVIIᵉ siècle abritait l’antenne néerlandaise de l’Ermitage, écrite à l’anglaise avec un H initial. Mais de ce musée il ne reste que la première lettre, en souvenir en quelque sorte puisqu’il s’appelle désormais le H’art museum ou H art museum avec une apostrophe, partenaire du centre Pompidou, du British Museum et du Smithsonian de Washington. L’Ermitage d’Amsterdam avait ouvert partiellement en 2004 puis a été inauguré en grande pompe par le président russe Dimitri Medvedev et la reine Beatrix cinq ans plus tard. À son apogée, il attirait un demi-million de visiteurs par an. L’invasion de l’Ukraine a provoqué la fermeture. Ensuite il a fallu rapatrier les œuvres à Saint-Pétersbourg, une gageure du fait des sanctions européennes contre la Russie [https://www.rfi.fr/fr/tag/russie/]. L’Ermitage a d’autres antennes, mais elles ne sont plus qu’en Russie. Le projet de musée à Barcelone a été abandonné en 2022. Et après l’invasion de l’Ukraine, le centre de recherche Ermitage Italia à Venise a suspendu ses relations avec le musée russe. MADAME TUSSAUDS FRANCHISÉE DANS LE MONDE ENTIER Une antenne à Amsterdam depuis 50 ans, d’autres à Tokyo, Sydney, New York, Dubaï [https://www.rfi.fr/fr/tag/dubaï/], Singapour [https://www.rfi.fr/fr/tag/singapour/] et Budapest. En tout, une vingtaine de musées Madame Tussaud’s existent à travers le monde, à l’exception notable de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. En 250 ans d’existence, l’institution est devenue un marqueur de qui peut se revendiquer people. Chaque ville adapte ses collections, avec des célébrités locales. Certaines choisissent même de ne pas faire figurer la statue de cire d’Elizabeth II pour laisser la place aux figures nationales. À Londres, le musée est largement considéré comme un attrape-touriste. Guère étonnant : derrière le nom de Madame Tussaud se cache le conglomérat Merlin Entertainment, également propriétaire de la grande roue du London Eye au bord de la Tamise, des parcs d’attraction Lego et Peppa Pig et des aquariums SeaLife.  Une grosse machine du divertissement qui n’a cependant pas empêché la fermeture de plusieurs antennes, dont le musée de Washington, dans la foulée de la pandémie. À lire aussiKylian Mbappé fait son entrée chez Madame Tussauds à Londres [https://www.rfi.fr/fr/sport/20250404-kylian-mbappé-fait-son-entrée-chez-madame-tussauds-à-londres]

7 de jun de 20263 min
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Les contre-fêtes nationales en Turquie, Australie, Mexique et Suède

Hier, Vladimir Poutine célébrait à Moscou le 9 mai 1945, jour de la victoire pour les Soviétiques, dans une Russie en guerre et sous très haute sécurité. Ce n’est pas la fête nationale officielle du pays, mais c’est sans doute la date la plus puissante de son calendrier patriotique : celle du sacrifice, de la victoire sur l’Allemagne nazie, et d’un récit national aujourd’hui largement mobilisé par le pouvoir russe. Et la Russie est loin d’être un cas isolé. Dans beaucoup de pays, certaines journées, qui ne sont pas exactement la fête nationale, disent parfois davantage de l’identité collective que la date officielle elle-même. C'est le sujet du Tour du monde des correspondants que nous vous proposons cette semaine, celui de ces « contre-fêtes nationales » qui racontent en fait ce qu’un pays choisit vraiment de célébrer. Cap sur la Turquie, l'Australie, le Mexique et la Suède.

10 de may de 20265 min