Poésie en musique

Paul Fort - complainte du petit cheval

2 min · 15. maj 2026
episode Paul Fort - complainte du petit cheval cover

Description

La pluie ne tombe pas vraiment. Elle reste sur lui, fine, obstinée, comme une main qui oublie de partir. Le cuir boit, puis garde. Sous la sangle, ça chauffe doucement. Il baisse un peu la tête. Il avance. Un pas. Puis un autre. La roue gauche prend dans l’ornière, lâche, reprend. Le bois derrière grince. Dans le fossé, une bouteille cogne contre une pierre — clac — puis rien, puis clac encore, comme si quelque chose cherchait à revenir sans trouver. Il ne tourne pas l’oreille. La route n’a pas d’idée. À droite, l’eau tient jusqu’au bord. À gauche, la terre s’ouvre en mottes noires. Le ciel est bas, sans bord. Il avance. La pluie lui entre jusque sur les lèvres. Il la laisse. Tous derrière — non, pas tout à fait. Ça se rapproche, ça lâche. La bouteille, encore : clac. Puis plus rien. Puis clac. Par moments, le sol rend un peu. Le poids se défait d’un rien, comme si quelqu’un avait pensé à lui sans le dire, et ça lui vient presque comme une faute, alors il tire pareil, un peu plus vite peut-être, sans savoir pourquoi, juste parce que ça glisse mieux d’un coup et que ça pourrait durer et que ça ne dure pas. Il continue. Il y a une façon de tirer qui s’installe sans qu’on la choisisse. Le corps prend, le bois suit, la route accepte. Tout se met d’accord. Ça tient un instant. Il ne sait pas quand ça commence. Il ne sait pas quand ça finit. Tous derrière, encore. La pluie s’éclaircit à peine. Pas du beau temps. Juste moins de poids sur le dos. L’eau change de place, glisse autrement, plus tiède. Il ouvre la bouche sans s’en rendre compte. Ça passe mieux. Clac. Puis ça revient, un peu plus froid. Les voix derrière changent de place. On avance, on traîne, on s’arrête, on reprend. Ça suit comme ça peut. Ça suit. Il avance. La lumière baisse sans prévenir. Pas d’orage. Quelque chose se retire. Son pas reste. Encore un. Puis encore. Et puis ça ne prend plus pareil. Il tire quand même. Le harnais tient, mais pas au même endroit. Il manque un accord, un point qui revenait toujours. Les jambes font leur travail. Le reste hésite, puis se trompe. Clac. Il tire. Une fois de trop, peut-être. Ou pas assez. Le pas suivant ne revient pas. ⸻ Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253] SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943] Voilà. Bref. Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co [https://poesie-en-musique.pinecast.co]

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episode Pierre de Ronsard : mignonne, allons voir si la rose artwork

Pierre de Ronsard : mignonne, allons voir si la rose

Formica froid, odeur de kebab qui s’attarde. « Mignonne, allons voir si la rose… » — elle « avoit desclose » au matin sa robe vermeille ; et vespres venues, déjà « cheue », froissée, ternie. Marastre Nature l’a jetée bas. La splendeur : un soupir. — Cueillir ? souffle-t-elle. Comme si le choix avait un parfum. — Cueillez, cueillez vostre jeunesse ; la phrase siffle, se perd. Sss… souffle, silence. Le verre résonne, ride, rature. Elle : On m’a volé des heures sous prétexte d’enfance. Lui : J’efface un mot, l’encre bave. Un micro saturé crache (train voie C retardé), et leurs voix se croisent dans le grésillement. — Tu dis choir ? — Cueillir — ou choir. — Moi je suis tombée avant qu’on me dise que je pouvais voler, brisée une fois, brûlée encore. Et toi tu touches ta joue, peau rêche, ride au miroir. Pas de saisons. Pas d’aiguilles. Seulement le corps, ses silences, ses brûlures. Seulement l’ordre nu qui griffe les tempes, souffle serré. Les voix s’entrelacent : « Pas cueillir. Pas choir. » Ni rose, ni ride, ni vesprée. Présente — fissurée — sans chute. Sans poème — [clac de verre]

15. juni 20262 min
episode Sophie d'Arbouville : un jour d’absence artwork

Sophie d'Arbouville : un jour d’absence

L’horloge… grince, puis s’arrête. Une dent cassée, peut-être. Le livre est resté ouvert, mais une tache de café ronge la page. L’odeur froide colle aux doigts. Silence… trop lourd. « À ce soir » revient, bancal, comme une radio brouillée. Promesse, menace — je ne sais plus. Le visage se brouille, je le cherche, il glisse. J’ai peur de l’oubl— Un verre sale traîne au bord de la table. Je n’arrive pas à le retirer du champ. À ce soir. Ou pas? Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253] SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943] Voilà. Bref. Abdelghani Boudik

1. juni 20264 min
episode Paul Fort - complainte du petit cheval artwork

Paul Fort - complainte du petit cheval

La pluie ne tombe pas vraiment. Elle reste sur lui, fine, obstinée, comme une main qui oublie de partir. Le cuir boit, puis garde. Sous la sangle, ça chauffe doucement. Il baisse un peu la tête. Il avance. Un pas. Puis un autre. La roue gauche prend dans l’ornière, lâche, reprend. Le bois derrière grince. Dans le fossé, une bouteille cogne contre une pierre — clac — puis rien, puis clac encore, comme si quelque chose cherchait à revenir sans trouver. Il ne tourne pas l’oreille. La route n’a pas d’idée. À droite, l’eau tient jusqu’au bord. À gauche, la terre s’ouvre en mottes noires. Le ciel est bas, sans bord. Il avance. La pluie lui entre jusque sur les lèvres. Il la laisse. Tous derrière — non, pas tout à fait. Ça se rapproche, ça lâche. La bouteille, encore : clac. Puis plus rien. Puis clac. Par moments, le sol rend un peu. Le poids se défait d’un rien, comme si quelqu’un avait pensé à lui sans le dire, et ça lui vient presque comme une faute, alors il tire pareil, un peu plus vite peut-être, sans savoir pourquoi, juste parce que ça glisse mieux d’un coup et que ça pourrait durer et que ça ne dure pas. Il continue. Il y a une façon de tirer qui s’installe sans qu’on la choisisse. Le corps prend, le bois suit, la route accepte. Tout se met d’accord. Ça tient un instant. Il ne sait pas quand ça commence. Il ne sait pas quand ça finit. Tous derrière, encore. La pluie s’éclaircit à peine. Pas du beau temps. Juste moins de poids sur le dos. L’eau change de place, glisse autrement, plus tiède. Il ouvre la bouche sans s’en rendre compte. Ça passe mieux. Clac. Puis ça revient, un peu plus froid. Les voix derrière changent de place. On avance, on traîne, on s’arrête, on reprend. Ça suit comme ça peut. Ça suit. Il avance. La lumière baisse sans prévenir. Pas d’orage. Quelque chose se retire. Son pas reste. Encore un. Puis encore. Et puis ça ne prend plus pareil. Il tire quand même. Le harnais tient, mais pas au même endroit. Il manque un accord, un point qui revenait toujours. Les jambes font leur travail. Le reste hésite, puis se trompe. Clac. Il tire. Une fois de trop, peut-être. Ou pas assez. Le pas suivant ne revient pas. ⸻ Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253] SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943] Voilà. Bref. Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co [https://poesie-en-musique.pinecast.co]

15. maj 20262 min
episode Charles Baudelaire : alchimie de la douleur artwork

Charles Baudelaire : alchimie de la douleur

Hermès, parle plus bas. La lumière bave sur le mur écaillé, juste au-dessus de la boîte à fusibles. Quelqu’un a collé une image de Vierge à l’Enfant sur la tôle, et maintenant elle fond lentement. J’écris sur un genou, l’autre coincé sous le lavabo. C’est là qu’il est revenu. Le vers. Le cadavre. Le sarcophage. Tu me rends l’égal de Midas, oui — Mais pas de l’or. Du plomb, du pus, du sel. Ce que je touche se corrompt. Pas par magie. Par usure. Ce poème n’est pas une métaphore. C’est un contrat. Le poète ne dit pas « je souffre » — il signe pour continuer à transformer la beauté en ruine, la vie en crypte. Il n’y a pas de remords. Hermès assiste, mais ne sauve rien. Il est ce souffle froid dans la nuque quand on admire une chose morte, et qu’on préfère ne pas la voir vivante. L’alchimie est inversée : ce n’est pas le monde qu’on veut sublimer — c’est la douleur qu’on veut conserver, intacte. Je l’ai écrit sur une boîte de Doliprane éventrée. Le vers. Juste là : « Je découvre un cadavre cher ». Le feutre a bavé. Ça ressemble à un aveu d’enfant. Ou à une menace. Et j’en ai honte. Pas d’avoir aimé ce vers. Mais d’avoir cru que le nommer suffisait à le conjurer. Il reste quelque chose, là, dans les fibres du carton imbibé. Une trace noire, un résidu de beauté altérée. J’ai voulu gratter. J’ai effacé autre chose. Je ne sais plus quoi. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253] SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943] Voilà. Bref. Abdelghani Boudik

1. maj 20263 min
episode Louise Labé — baise m’encore artwork

Louise Labé — baise m’encore

La chaleur s’accroche au plafond, lourde, presque huileuse. Le rideau colle au mur, le tissu sent la sueur et le vin renversé. Sur la table, un miroir fêlé découpe la lumière en éclats de peau. Le drap, chiffonné, garde la marque d’un genou et la trace humide d’une bouche. Une mouche tourne autour du verre ébréché, obstinée, minuscule témoin du désordre. « Baise m’encor, » — la phrase revient, sans timbre, comme un spasme qu’on retient mal. Elle se le souffle, plus bas, pour sentir la vibration sur sa langue. Tout brûle : la gorge, le ventre, le souvenir. Le corps réclame son dû, et la pudeur n’est plus qu’une chemise froissée au pied du lit. Elle donnerait encore quatre baisers pour un, pour sentir le feu s’ancrer dans la chair. Mais soudain la voix se raidit. Je ne veux pas qu’on me prenne pour celle qui attend. Elle se redresse, nue dans la lumière sale. Aimer trop fort, c’est encore un crime quand c’est une femme qui parle. Qu’ils rougissent, qu’ils se détournent : son plaisir ne s’excuse pas. Sa bouche devient arme, souffle, cri sans témoin. Le miroir vibre, le verre tressaute, la mouche s’écrase contre la vitre. Elle hésite, puis rature le dernier mot. Souffle Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253] SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 [https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943] Voilà. Bref. Abdelghani Boudik Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co [https://poesie-en-musique.pinecast.co]

15. apr. 20264 min