Tour du monde des correspondants
Depuis 2025, chaque 6 août, l'ONU consacre une Journée internationale aux pays en développement sans littoral, ces États enclavés pour lesquels la géographie représente un vrai défi. Être privé d’accès direct à la mer, c’est dépendre de ses voisins pour commercer, importer, exporter, parfois même simplement circuler. Mais l’enclavement n’est pas partout vécu de la même manière : il peut devenir une fragilité économique, une contrainte diplomatique ou, au contraire, pousser un pays à inventer de nouvelles stratégies pour mieux se connecter au reste du monde. L'Arménie, pays du Caucase du Sud de 29 743 km2, comparable à la superficie de la Belgique, est enclavée entre la Géorgie, l'Azerbaïdjan, l'Iran et la Turquie. Il est le seul pays du Caucase du Sud sans accès à la mer. Mais cet enclavement n'est pas seulement géographique : depuis plus de 30 ans, il est aussi politique. Depuis la fermeture des frontières turque et azerbaïdjanaise en 1993 — après la première guerre du Haut-Karabakh —, le pays dépend largement de la Géorgie. Il faut se rendre compte que c’est 90 % de son fret international qui y transite. Pourtant, l'Arménie n'a pas toujours été isolée. Pendant des siècles, elle a été un carrefour sur les routes commerciales entre l'Europe et l'Asie. C'est justement cette place que le gouvernement de Nikol Pachinian souhaite retrouver. Présenté en 2023, son projet de « carrefour de la paix » vise à rouvrir les liaisons régionales. Ces derniers mois, les signes de normalisation se sont multipliés. La Turquie [https://www.rfi.fr/fr/tag/turquie/] autorise officiellement depuis mai 2026 les échanges commerciaux directs en provenance d'Arménie [https://www.rfi.fr/fr/tag/arménie/], ceux avec l'Azerbaïdjan [https://www.rfi.fr/fr/tag/azerbaïdjan/] reprennent timidement et plusieurs projets de transport sont à l'étude. Mais cette ouverture reste incertaine. Elle est notamment suspendue à un accord de paix avec Bakou et à son exigence de modification du préambule de la Constitution arménienne qui renvoie à la Déclaration d'indépendance de 1990 et à la réunification avec le Haut-Karabakh. À lire aussiL'Azerbaïdjan lève les restrictions pour l'échange de biens avec l'Arménie, une première en 40 ans [https://www.rfi.fr/fr/europe/20251021-l-azerbaïdjan-lève-les-restrictions-pour-l-échange-de-biens-avec-l-arménie-une-première-en-40-ans] LA POLITIQUE DU TROISIÈME VOISIN, UN JEU D'ÉQUILIBRISTE POUR LA MONGOLIE La Mongolie [https://www.rfi.fr/fr/tag/mongolie/] est une démocratie coincée entre la Chine et la Russie [https://www.rfi.fr/fr/tag/russie/]. Oulan-Bator n'a que deux frontières, et non des moindres, puisqu'elle les partage avec deux géants autoritaires qui lui sont indispensables, vitaux même au niveau économique. Environ 90 % des exportations mongoles sont à destination de la Chine [https://www.rfi.fr/fr/tag/chine/]. Pourtant, depuis leur sortie du communisme en 1990, les autorités mongoles tentent de nouer tant bien que mal d'autres liens stratégiques. La politique du troisième voisin, le numéro d'équilibriste de la diplomatie mongole. Le troisième voisin, c'est à peu près tout le monde tant qu'il n'est pas russe ni chinois. Il y a quand même des partenaires que les Mongols préfèrent à d'autres : les États-Unis [https://www.rfi.fr/fr/tag/états-unis/], la Corée du Sud [https://www.rfi.fr/fr/tag/corée-du-sud/], l'Union européenne [https://www.rfi.fr/fr/tag/union-européenne/] dont la France [https://www.rfi.fr/fr/tag/france/], qui est un peu la vitrine de ce troisième voisin grâce à un accord pour extraire l'uranium de Mongolie. C'est la société Orano qui s'en charge [https://www.rfi.fr/fr/économie/20250117-orano-signe-un-accord-avec-la-mongolie-pour-diversifier-ses-approvisionnements-en-uranium]. Gros investissements, plus d'un milliard et demi de dollars signés l'an dernier, alors que la Chine et la Russie louchaient aussi depuis un bon moment sur le sous-sol mongol. Mais la réalité rattrape une nouvelle fois la Mongolie, spécialiste de la géopolitique de l'uranium que j'ai interrogé, pointe la limite du troisième voisin. Pour exporter l'uranium, il faudra forcément passer par la Chine. Et d'après lui, quand l'uranium traverse l'Empire du Milieu, il est pour les Chinois et personne d'autre. À lire aussiEnclavée entre la Chine et la Russie, «la Mongolie reste une forme d'exception démocratique» [https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20250717-enclavée-entre-la-chine-et-la-russie-la-mongolie-reste-une-forme-d-exception-démocratique] LA CONSTRUCTION DE L’AÉROPORT INTERNATIONAL DE BUGESERA POUR CONTOURNER L'ENCLAVEMENT AU RWANDA Au Rwanda [https://www.rfi.fr/fr/tag/rwanda/], petit pays enclavé d’Afrique de l’Est, les frais de transport pour atteindre un accès à la mer sont conséquents. Pour le pays des mille collines, l’objectif est de dépasser les obstacles géographiques pour permettre le développement des échanges. Près de 1 500 km entre Kigali et le port de Dar es Salam et 1 700 km jusqu’au hub kényan de Mombasa. Pour les transporteurs, le trajet est long et coûte plusieurs milliers de dollars. Un enclavement que le pays des Mille Collines tente de contourner notamment par la construction de l’aéroport international de Bugesera. Le projet de plus de 2 milliards de dollars détenu à 60% par Qatar Airways est attendu pour 2028 [https://www.rfi.fr/fr/emission/20191219-allie-prestige-developpement-economique-rwanda-qatar] et est destiné à faire du Rwanda un centre aérien régional avec une capacité à terme de 300 000 tonnes de cargo par an. Un centre aérien qui n’empêche pas le renforcement du corridor vers la Tanzanie [https://www.rfi.fr/fr/tag/tanzanie/]. Un projet ferroviaire discuté depuis 2007 a été relancé par un accord en mai entre les deux pays. Un autre accord a récemment permis l’élargissement du bureau de liaison du port de Dar es Salam à Kigali. Des démarches simplifiées pour limiter l’impact de l’enclavement du Rwanda. À lire aussiAvec son nouvel aéroport, le Rwanda veut devenir un hub aérien dans la région [https://www.rfi.fr/fr/podcasts/afrique-économie/20221201-avec-son-nouvel-aéroport-le-rwanda-veut-devenir-un-hub-aérien-dans-la-région]
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